Le petit bois

 

Parce qu'un nouvel évènement se prépare, la Biennale d'art sacré actuel, à Lyon à laquelle participe notre association Caldeira,

nous proposons de réfléchir sur ce qui guide nos choix en matière d'expositions ou de spectacles

Que désirons-nous vivre lorsque nous allons au spectacle ou visiter une exposition?

Quels sont nos critères de choix ? Nous choisirons selon la notoriété médiatique de l'artiste? Nous irons aux expositions et spectacles dont on parle le plus?

Choisir seulement selon l'importance accordée par les médias et les experts, c'est prendre le risque d'aborder l'oeuvre cérébralement, selon les propos entendus et

de se priver d'une expérience personnelle.

L'oeuvre est impuissante alors à nous ouvrir, à nous toucher - objet mort, classée dans les catégories apprises.

 

La Biennale d'art sacré actuel de Lyon a cette initiative intéressante de donner à des artistes, (à travers leur oeuvre) de vivre la relation directe avec le public.

L'évènement phare de cette Biennale est l'exposition.

Michel Durand commissaire de l'exposition, intervenant de la table ronde,  invite à venir vivre une rencontre personnelle avec les oeuvres.

Voir menu événement/.../ Michel Durand

 

De la même manière dans le spectacle vivant, il est possible de choisir selon son for intérieur et vivre une relation de communion entre artiste, oeuvre et public.

On s'aperçoit alors qu'il existe des artistes méconnus, qui  produisent des oeuvres solides, belles, humaines, capables de toucher et transfomer nos vies.

Et lorsque je fais cette expérience vivante, je me pose la question de ce que je désire vivre lorsque je vais au spectacle.

 

La dépendance vitale qui relie artiste, oeuvre et public, peut se traduire ainsi, par l'allégorie du petit bois:

Une bûche de chêne, séchée par les ans, parviendra-t-elle à prendre feu avec une allumette?

Elle ne peut pas, elle a besoin de petits bois. Elle prend quand le petit bois flambe et très lentement le feu pénètre en elle.

Elle se consume enfin en braises ardentes qui chauffent intensément.

L'artiste et le public sont la bûche et le petit bois.

La bûche a pour vocation de produire les braises chaudes, le petit bois de flamber pour contaminer la bûche.

Sans le petit bois, la bûche est démunie, elle ne peut répandre sa chaleur et sa clarté.

Sans le public, l'artiste ne peut donner la flamme qui l'habite.

L'artiste n'est pas éminent, le petit bois insignifiant! (1)

L'artiste n'est pas un sur-homme qui soumet le public à son pouvoir;

Apprenons qu'Il y a une seule humanité, fragile et vulnérable. (2)

L'artiste et le public vivent alors une autre relation: nous n'avons plus l'artiste, inaccessible, enveloppé de son prestige

et le public, frénétique, dépourvu de personnalité.

Lors d'un concert, un spectacle, le public se rassemble comme le petit bois dans l'âtre. Il flambe, sa ferveur permet à la bûche de délivrer ses braises.

 

 

(1) " Dans la houle des jours et des rencontres                                                                                                                      (2) "  Nous sommes nés dans une fragilité extrême,

Pensez à dire                                                                                                                                                                         nous mourrons dans une fragilité extrême

Qu'il n'y a pas plusieurs humanités:                                                                                                                                        et tout au long de notre vie,

L'une forte, l'autre faible                                                                                                                                                         nous demeurons vulnérables. "

L'une à l'endroit, l'autre à l'envers                                                                                                                                           Jean Vanier

L'une éminente, l'autre insignifiante,

Mais une seule, dépositaire de notre condition humaine."

Charles Garou